« L’argent pour la culture n’existe pas, mais pour la démagogie, il y en a » dénonce Amirou Conté
Lors de la cérémonie de clôture de la 9e édition du Festival International de Théâtre de Guinée, d’hier samedi 19 octobre 2024 à Conakry, Amirou Conté, ancien ministre de la Culture et directeur général de l’agence culturelle Festi Kaloum, a profité de cette tribune pour dénoncer les promesses non tenues par le ministère de la Culture, du Tourisme et de l’Artisanat. Dans un discours marqué par la frustration, il a également fustigé l’attitude de certains acteurs culturels qui, selon lui, freinent le développement du secteur.
Prenant la parole devant les participants, Amirou Conté n’a pas mâché ses mots. Il a pointé du doigt le manque de soutien financier pour la culture, tout en accusant les responsables de prioriser la « démagogie ». « À quelques jours du festival, on a voulu l’annuler. Pourquoi ? Parce que ce qu’on appelle argent pour la culture, ça n’existe pas. Mais si c’est pour la démagogie, ça existe, » a-t-il déclaré avec amertume.
« Nous, nous ne sommes pas des démagogues. Personne ne pourra dire qu’Amirou Conté chante et danse pour la démagogie. Tous les membres du festival peuvent en dire autant. Nous préférons garder notre dignité et servir la culture, même sans rien, » a-t-il ajouté, soulignant les défis auxquels son équipe a fait face pour maintenir cet événement.
Poursuivant, il a également critiqué la mauvaise organisation et les promesses non tenues par le ministère. Il a révélé que, malgré l’engagement des autorités lors de l’ouverture du festival, aucun financement n’a été alloué. « Tous ceux qui ont promis n’ont rien fait, » a-t-il déploré, exprimant son désarroi face à l’indifférence des responsables culturels.
Au-delà des critiques, Amirou Conté a lancé un appel à la solidarité au sein de la communauté culturelle guinéenne. Il a exhorté les acteurs à cesser de se mettre des bâtons dans les roues : « Cessez de mettre des bâtons dans les roues des autres, ce n’est pas bien. Nous devons nous soutenir si nous voulons faire avancer la culture. »
Malgré les difficultés rencontrées, le directeur de Festi Kaloum garde l’espoir que les promesses faites cette année seront enfin tenues en 2025. « J’espère qu’en 2025, avec les engagements pris à l’ouverture, nous obtiendrons enfin les financements nécessaires pour faire grandir cet événement, » a-t-il affirmé, exprimant une lueur d’optimisme pour l’avenir du festival.
Cependant, il a conclu son discours en évoquant une rencontre manquée avec le ministre de la Culture, promettant de continuer à se battre pour la reconnaissance et le soutien des artistes guinéens. « J’ai demandé au ministre de rencontrer les artistes venus le saluer. Enthousiaste, il a promis un rendez-vous à 11h, repoussé à 15h… et finalement, la rencontre n’a jamais eu lieu. »
Cette intervention d’Amirou Conté met en lumière les défis persistants du secteur culturel en Guinée, où le manque de financement et de soutien institutionnel freine les initiatives locales. À travers cette dénonciation, il appelle à une prise de conscience collective pour que la culture, véritable moteur de l’identité nationale, ne soit plus reléguée au second plan.
Kadiatou Tello